
Extraits du livre “La Mauvaise Vie” de Frédéric Mitterrand (Edition Robert Laffont, 2005)
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“Il se tenait comme les autres sur la petite scène, les mains croisées en arrière pour bien marquer le corps dans la lumière, en boxer short immaculé, le côté saint Jean-Baptiste qu’ils retrouvent instinctivement et que les pédés adorent, mais le visage fermement dessiné, l’expression avec du caractère, regard sans mièvrerie et sourire sans retape, un charme immédiat qui le détachait du groupe des enjôleurs professionnels. J’imaginais Tony Leung à vingt ans. Il a ri comme s’il avait gagné à la loterie quand j’ai fait appeler son numéro et lorsqu’il est venu près de moi, j’ai deviné brièvement l’odeur de sa peau, eau de Cologne légère et savon bon marché ; pas de ces parfums de duty free dont ils raffolent en général. Il avait l’air vraiment content d’aller avec moi ; j’ai senti qu’il serait vif et fraternel. Les rats qui grouillent dans la ruelle détalent à notre passage, les néons disparaissent derrière nous dans la pénombre, les remugles des poubelles s’estompent dans la chaleur poisseuse, et le vacarme assourdissant de la techno qui dégorge par les portes ouvertes de tous les autres clubs accentue cette impression de privation sensorielle où je concentre toute mon attention uniquement sur lui et sur ce que j’en attends.”
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“On peut prendre deux garçons, ou même plusieurs, aucune objection puisque la réponse est toujours : I want you happy. Contrairement à une assertion généralement colportée il y a peu de ruines sexuelles occidentales parmi le public, la clientèle est en majorité locale, d’âge moyen, bien convenable et sort en bande légèrement arrosée au whisky-Coca. Les quelques naufragés à peau blanche du Spartacus font plutôt tache dans l’ensemble mais il est vrai aussi qu’on leur propose les meilleures tables.”
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“Je m’arrange avec une bonne dose de lâcheté ordinaire, je casse le marché pour étouffer mes scrupules, je me fais des romans, je mets du sentiment partout ; je n’arrête pas d’y penser mais cela ne m’empêche pas d’y retourner. Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m’excitent énormément. La lumière est moche, la musique tape sur les nerfs, les shows sont sinistres et on pourrait juger qu’un tel spectacle, abominable d’un point de vue moral, est aussi d’une vulgarité repoussante. Mais il me plaît au-delà du raisonnable. La profusion de garçons très attrayants, et immédiatement disponibles, me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de refréner ou d’occulter. L’argent et le sexe, je suis au cœur de mon système ; celui qui fonctionne enfin car je sais qu’on ne me refusera pas. Je peux évaluer, imaginer, me raconter des histoires en fonction de chaque garçon ; ils sont là pour ça et moi aussi. Je peux enfin choisir. J’ai ce que je n’ai jamais eu, j’ai le choix ; la seule chose que l’on attend de moi, sans me brusquer, sans m’imposer quoi que ce soit, c’est de choisir. Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre.”
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” Je me déshabille et le rejoins sous la douche, au cas où il me poserait encore des questions sur l’effet qu’il me fait, elles n’ont plus de raisons d’être et il me savonne gaiement, cette fois bien rassuré. Tout se passe normalement. En France, avec la plupart des gigolos, c’est toute une histoire pour arriver à les faire bander mais on n’est décidément pas en France et nous continuons avec le gant, le savon, le pommeau de douche à nous explorer et à nous mesurer l’un à l’autre en riant doucement. Il est presque aussi grand que moi et certainement plus solide, bâti comme les champions de kick-boxing qui vous allongent en un éclair. Mais je n’ai rien à craindre de lui, c’est un jeu délicieux auquel je m’abandonne en fermant les yeux, plein de joie et de confiance. Je ne sais plus qui protège l’autre.”
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“Il y a des choses que je n’assume plus depuis une mauvaise expérience avec un Marocain, il y a trente ans dans un sauna. C’était un ouvrier immigré, assez beau gosse, qui ne pensait qu’à son plaisir et se vengeait de tout le reste, en bon macho, la lutte des classes au bout du zob enfoncé jusqu’à la garde dans le cul des jeunes bourgeois. Il m’avait blessé, infecté d’une maladie, souffrance tenace et secrète dont j’ai mis des mois à me guérir.
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Chaque fois que je vais avec un garçon, je le revois au moins un instant, devant moi, dans l’affreuse chambre fermée comme un bunker et j’ai l’impression de le trahir, lui, là-bas, si loin, mon garçon de Patpong.”
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Frédéric l’ermite errant…
9 octobre 2009On est désolé…
4 août 2009Désolé de voir que certaines vidéos misent en avant sur ce blog, soient “enlevées suites au non respect des droits de ceci cela…”
(surtout les articles concernant M. J. )
C’est pas de notre faute, ils font rien qu’à nous embêter sur internet !

… “La vie est parfois cruelle” nous disait encore Michel à propos de sa garde-robe pourtant riche en couleur…
Home sweet home
5 juin 2009Le film “HOME” est disponible dans son intégralité sur youtube.
(cliquez sur le lien “home sweet home “, colonne de droite, je précise pour les manches…)

(photo Stéphane Brossard)
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Publié par anseaulme
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